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Après Fort Hood, le malaise des soldats musulmans

Rédigé par princevaillant@ymail.com | Jeudi 26 Novembre 2009

Des rumeurs courent concernant les motivations du responsable de la fusillade qui a fait treize morts dans une base du Texas. Il semble que les militaires de confession musulmane aient du mal à trouver leur place.



Après Fort Hood, le malaise des soldats musulmans
Décidé à servir son pays, Abdi Akgun s’est engagé dans les marines en août 2000, juste au sortir du lycée. Les attentats du 11 septembre 2001 ont renforcé sa résolution à combattre le terrorisme. Mais lorsque, deux ans plus tard, ce soldat de confession musulmane a été envoyé en Irak, la perspective de se retrouver face à d’autres individus de la même confession l’a fait réfléchir. Il était hanté par l’idée de tuer des civils innocents. Il est revenu d’Irak sans avoir appuyé une seule fois sur la détente. “Je ne veux pas salir ma foi, je ne veux pas salir mes frères musulmans et je ne veux pas salir le drapeau de mon pays”, explique-t-il.

Depuis la Première Guerre mondiale, des milliers de musulmans ont servi dans l’armée américaine. Toutefois, à l’heure où les Etats-Unis sont enlisés dans deux guerres dans des pays musulmans, le fait que des soldats de confession musulmane servent sous les drapeaux est à la fois plus nécessaire et plus complexe que jamais. Après le massacre de Fort Hood, commis par le psychiatre militaire Nidal Malik Hasan, bon nombre de soldats et d’officiers musulmans craignent que leurs relations avec l’armée ne se compliquent encore plus. Trois jours après la fusillade, le général George Casey, chef d’état-major de l’armée de terre, s’est dit préoccupé par les possibles représailles contre les musulmans dans les forces armées et a rappelé combien leur présence était importante. “La diversité de notre armée et de notre pays est un atout, a déclaré le général. Si épouvantable que soit cette tragédie, la diversité ne doit pas en pâtir, cela ne ferait qu’aggraver les choses.”

Des soldats traités de chameliers et d’enturbannés

Plusieurs figures de la communauté musulmane et des soldats musulmans sont également montés au créneau pour dénoncer ce massacre et prendre leurs distances avec le commandant Hasan. Ils font notamment observer que son comportement violent n’avait rien à voir avec sa foi. “Je ne vois pas pourquoi la communauté musulmane devrait se sentir responsable”, déclare Ingrid Mattson, présidente de la Société islamique d’Amérique du Nord. “L’armée a eu au moins autant d’influence sur lui que la communauté musulmane.”

Quelles qu’aient été les motivations du commandant Hasan, la manière dont il a été traité au sein de l’armée éclaire les difficultés et les frustrations rencontrées par de nombreux soldats musulmans. Le psychiatre était écœuré par les guerres d’Irak et d’Afghanistan, qu’il considérait comme des attaques contre l’islam. Ses amis et ses proches expliquent qu’il faisait l’objet de moqueries et se sentait exclu du fait de son appartenance religieuse. Un jour, certains de ses camarades l’ont même traité de “chamelier”, raconte son oncle, Rafik Hamad, qui vit à Ramallah (en Cisjordanie). Les expressions comme hajji [musulman ayant accompli le pèlerinage à La Mecque] ou raghead [enturbanné] sont devenues de plus en plus courantes dans le langage des soldats envoyés au front en Irak et en Afghanistan, rapportent plusieurs soldats musulmans. Ils tâchent de prendre cela avec philosophie et disent comprendre que cela fasse partie du processus de déshumanisation de l’ennemi. Mais les soldats musulmans, notamment les arabophones, ont parfois du mal à se distancier de l’ennemi qu’ils combattent dans ces pays.

3 500 musulmans déployés en irak et en Afghanistan

Après les attentats du 11 septembre, l’armée américaine a largement recruté des musulmans américains afin de pouvoir compter sur des soldats possédant des aptitudes linguistiques et une bonne connaissance culturelle du Moyen-Orient. Selon les chiffres officiels, sur les 1,4 million de militaires d’active, 3 557 seraient musulmans. Les organisations musulmanes américaines estiment toutefois que ce chiffre est en réalité beaucoup plus élevé, la déclaration d’appartenance religieuse étant une démarche volontaire.

L’engagement de ces soldats dans l’armée américaine est souvent salué par les non-musulmans, mais cela suscite parfois une réaction sensiblement différente chez leurs pairs. Certains reviennent exténués et traumatisés du front, pour s’entendre dire dans leur mosquée locale qu’ils iront droit en enfer pour avoir “tué des musulmans”, explique Qaseem Uqdah, directeur exécutif de l’American Muslim Armed Forces and Veterans Affairs Council. Reste que, selon les chiffres du Pentagone, plus de 3 500 musulmans ont été déployés en Irak et en Afghanistan. Depuis 2006, ce sont 212 soldats musulmans américains qui ont été décorés pour leurs faits d’armes dans ces deux pays – et 7 sont morts au champ d’honneur.

Trop d’Américains méconnaissent le comportement héroïque de ces soldats, estime le capitaine Eric Rahman. Il cite par exemple le cas du marine Michael Monsoor, qui a reçu une médaille après avoir mis un camarade à l’abri pendant une fusillade en 2006, à Ramadi, en Irak. Michael Monsoor est mort en sauvant un autre Américain, mais, contrairement au commandant Hasan, le public ne se souviendra pas de lui, déplore le capitaine Rahman. Quoi qu’il en soit, ajoute-t-il, la présence de ces hommes au sein de l’armée est cruciale si les Etats-Unis veulent remporter la victoire en Irak et en Afghanistan. “Nous avons besoin des aptitudes et des connaissances de ces hommes.”







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