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Economie

Appels internationaux : à quand l’illimité vers le Maghreb ?

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 31 Décembre 2008

Alors que les appels illimités en France vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou encore l’Asie est une offre devenu « basique » des fournisseurs d’accès à internet (FAI) via les forfaits triple-play (téléphonie, internet, télévision), l’illimité vers l’Afrique et le Maghreb reste inexistante. Focus sur Kleema, un nouvel opérateur qui entend changer la donne.



Appels internationaux : à quand l’illimité vers le Maghreb ?
Les prix en France défient toute concurrence vers plus de 70 destinations grâce aux FAI mais n’incluent aucunement les pays africains. Pourtant, ce n’est pas faute de demande. Le Maghreb est l’une des destinations les plus appelées en France grâce à une communauté forte de quelques deux millions de personnes en France. Mais surtout très chère (0,30€/min en moyenne). « D’un côté, on nous explique que le Maghreb est loin alors qu’il se trouve aux portes de l’Europe. De l’autre, les appels passés vers la Chine ne coûtent pas chers du tout... Nous souhaitons voir la même souplesse et les mêmes garanties dans les télécommunications pour toutes les destinations », explique Thomas Bincaz, directeur associé de Kleema, nouvel opérateur de services et de télécommunications fondé en 2007.

Alors pourquoi le Maghreb reste t-il si cher à appeler ? Les FAI fournissent de nombreuses explications. Les pays massivement desservies par les réseaux de fibres optiques transcontinentaux ont des tarifs allant jusqu’à moins d’0,01 centimes la minute. C’est aujourd’hui le cas des pays du Nord et asiatiques. A contrario, l’Afrique, mal desservie, n’amène toujours pas autant de communication que les autres continents, ce qui ne favorise pas la baisse des coûts. Peu d’appels en sortent, comme l’affirme M. Bincaz. « Aujourd’hui, les Maghrébins n’ont pas pour habitude de passer des appels vers l’étranger mais laissent ceux qui ont le pouvoir d’achat les faire, à savoir les Européens et Américains ».

Autre explication : pour le directeur associé de Kleema, « les opérateurs au Maghreb n’ont pas intérêt à ouvrir le marché puisqu’ils n’ont pas de concurrents », d’autant que « le taux d’équipement en téléphones fixes reste faible au Maghreb. Un exemple concret : au Maroc, 400 000 foyers seulement en disposent. En terme de marché, c’est encore très limité. » Pourtant, « les opérateurs européens du type Free/Alice ou Neuf/SFR seraient ravies de faire de l’illimité vers ces destinations car ils savent que c’est un énorme marché potentiel. Certains l’ont testé mais ils ont été perdants et ont dû arrêter leurs offres », assure t-il.

Thomas Bincaz  est directeur Associé de Kleema
Thomas Bincaz est directeur Associé de Kleema

Libéraliser et déréguler le marché pour des prix bas

Ainsi, comment les opérateurs peuvent-ils proposer des offres attractives tout en gagnant un minimum ? Pour Kleema, « faire moins de marge et faire des coûts moins prohibitifs pour les utilisateurs » est essentiel pour « changer les modèles et déréguler le marché ». Ce qui permet à l’opérateur de proposer des prix hyper compétitifs à travers « le concept du numéro préféré illimité qu’il soit fixe ou mobile pour permettre à chacun de conserver un modèle économique viable et de pouvoir continuer à investir en services et infrastructures ».

Deux offres, Deema Local et Deema Direct, sont proposées aux clients, qui déclarent la personne qu’ils souhaitent appeler au Maghreb. Aucun frais, aucun changement d’opérateur ni de numéro de téléphone. Une fois inscrit, un numéro est attribué à l’appelant comme au correspondant maghrébin afin qu’ils puissent s’appeler en illimité. Tout ceci à partir de 1,99€ la semaine avec le principe de partage des coûts, « c’est-à-dire que Kleema a trouvé un modèle économique pour faire en sorte que l’abonné français ne supporte plus les coûts seuls des appels internationaux », fait savoir M. Bincaz. Le correspondant payera ainsi l’appel mais au tarif local, à l’exception des clients de l’opérateur marocain Wana pour qui les appels vers les fixes et les mobiles sont inclus.

Le Maghreb rattrape doucement son retard

La libéralisation des télécommunications en Afrique n’est pas pour demain. Pourtant, ce secteur présente un fort potentiel de développement, la demande étant loin d’être satisfaite des deux côtés de la rive méditerranéenne. Qui dit libéralisation dit amélioration des infrastructures du réseau, instauration de la concurrence et donc baisse substantielle des prix. Avec Deema sont visés le Maroc et en Algérie, « le système d’appel VoIP (voix sur réseau IP, ndlr) proposé par Kleema n’étant pas autorisé à ce jour par l’autorité de régulation des télécoms tunisiens. On espère que Kleema pourra proposer d’autres destinations d’ici six à huit mois car elle a à cœur le développement de l’économie numérique en Afrique. Mais c’est du temps, des efforts et beaucoup d’argent pour arriver à concrétiser ces projets », précise le directeur. Les télécommunications et Internet sont synonymes aujourd’hui d’ouverture au monde, d’accès à l’information ou encore de liberté d’expression… ce qui gène encore certains gouvernements un peu partout dans le monde. La permanence de l’encadrement public dans le secteur et l’absence de concurrence empêche la dérégulation des offres télécoms qui ne peuvent qu’être qu’avantageux pour les utilisateurs.

Des projets ambitieux pour Kleema

Les appels sont le premier besoin des échanges Nord-Sud. A terme, « l’objectif de Kleema est de développer d’autres services comme le commerce électronique, le commerce équitable afin de favoriser l’export de produits locaux vers l’Europe et permettre le développement durable », nous fait part M. Bincaz. Avec l’accélération du processus de mondialisation et l’émergence de nouveaux modèles économiques, les TIC (téléphonie et internet) devront se développer davantage, faute de quoi, le développement régional en pâtira. En attendant, les fournisseurs de cartes prépayées et les « call-box » (taxiphones) ont encore de beaux jours devant eux.





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