Connectez-vous S'inscrire






Psycho

Amel : « Depuis que je suis petite, je suis dans une souffrance permanente »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mercredi 3 Décembre 2014



« Bonjour,
Je me présente, je m’appelle Amel B. et j’ai 26 ans. Je vous contacte par le biais de ce mail, car je souhaitais avoir quelques conseils de votre part qui m’a été recommandée par un membre de ma famille.

Depuis que je suis petite, je suis en quelque sorte dans une souffrance permanente, à l’âge de 10 ans j’ai perdu ma sœur qui est décédée à l’âge de 11 ans d’une maladie et, depuis ce jour, ma vie a complètement était chamboulée. Car ayant vécu seule avec ma mère et ma sœur, mon père est décédé lorsque j’avais 1 an et ma mère travaillé beaucoup pour subvenir à nos besoins.

J’étais très proche de ma sœur, avec qui je dormais le soir car cela arrivait que ma mère travaille le soir dans l’hôtellerie. Et lorsqu’elle est décédée, j’ai eu l’impression d’avoir perdue une moitié de moi-même. À l’école, j’étais devenue bagarreuse, plus attentive du tout, indisciplinée et ayant très régulièrement des problèmes avec mes camarades.

Je me suis retrouvé isolée, refermée sur moi-même, seule et sans que personne puisse me comprendre. D’ailleurs, ma mère regrette énormément de ne pas m’avoir fait suivre par un spécialiste à ce moment-là.

Avec les années, j’ai fini par m’endurcir et me relever seule mais les blessures sont toujours là malgré tout. Toujours peur de la mort, de perdre l’un de mes proches, et je ne peux toujours pas évoquer ma sœur sans pleurer.

Aujourd’hui, ma mère a refait sa vie et j’ai deux petites sœurs. Je travaille, j’ai eu mon permis, je suis très proche de ma mère, d’ailleurs un peu trop, j’ai mes sœurs, un beau-père très gentil et impliqué. En gros, je ne manque de rien grâce à Dieu, et pourtant je reste toujours confrontée a un mal-être permanent, renfermée sur moi-même.

Et rien ne va aller avec le temps, bien au contraire. En 2013, je fis la rencontre qui va bouleverser ma vie. Un garçon qui avait tous les critères que je recherchais : gentil, attentionné, religieux, travailleur et compréhensif, tout...

Après quelques mois, les choses se sont accélérées et nous avons décidé de passer à l’étape supérieure en venant demander ma main et, là, tout ne s’est pas passé comme prévu....

Je cherchais moi-même entre-temps un appartement que j’ai réussi à avoir. Dépôt de dossier auprès de la mairie, tout semblait nous sourire, je l’aimais tellement et lui faisait une confiance aveugle. On s’entendait très bien, on avait les mêmes centres d’intérêt...

Après la demande en mariage, il s’est mis à prendre des distances sans aucune raison, avec le temps il finit par me dire que les projets de mariage devraient être mis entre parenthèses, car sa mère était tombée malade... Je finis par accepter, et surtout je le soutenais...

Mais lui était toujours très distant. Je finis par devenir très nerveuse, ne supportant pas son manque de sincérité. Apres plusieurs disputes, nous avons mis un terme à cette relation, en sachant que je n’ai eu aucune explication et que j’ai croisé sa mère à plusieurs reprises qui n’avait pas du tout l’air malade. Mais vu que je ne l’ai vu qu’une seule fois le jour de la demande en mariage et que je n’ai plus jamais eu des nouvelles d’un membre de sa famille, je n’ai pas osé lui parler (beaucoup de regrets avec le temps).

Ma mère essaye de tout faire pour me sortir de la dépression qui s’est installée, car je ne comprenais pas ce qui se passait : aucun signe de sa part ni de ses sœurs avec qui je me suis bien entendu, ni de sa mère, personne...

Ma mère en pleurait et j’avais l’impression que tout était de ma faute et une dépression s’est installée, je ne sortais plus, j’ai perdu au moins 10 kilos. Je me suis réfugiée dans la prière, la mosquée, les invocations....

Et un jour, en allant à la mosquée, je fis la rencontre d’une jeune fille qui avait le même âge que moi, on a vite sympathisé et nous sommes devenues amies. Je me suis confiée à elle mais je le regrette énormément car, à son tour, elle me parlait de ses problèmes en me disant qu’elle était atteinte d’un mal occulte et que je devais me poser des questions de mon côté aussi, chose que je me suis mise dans la tête.

Autre gros problème, car je regardais des choses sur Internet, les symptômes.... et je me suis persuadée que j’étais atteinte à mon tour d’un mal occulte.

Cauchemar, je ne voulais plus sortir, j’ai perdu tous mes amis, une vie infernale. Ma mère s’inquiétait pour moi et commençait à me raisonner et à me dire que je n’avais rien, et que toutes les réactions que j’avais étaient dans ma tête.

Je suis partie en Algérie pour me reposer et j’ai vu quelqu’un qui m’a fait une lecture coranique et qui m’a dit que j’étais peut-être atteinte de mauvais œil, mais rien de sérieux, qu’il fallait que je continue mes lectures, mes prières sans pour autant prêter attention, car ce n’était rien de grave.

Quelque temps plus tard, mon ex-copain est revenu dans ma vie en pleurant et en me demandant de lui pardonner, que je devais être compréhensive avec lui, etc., que cela était dû à sa mère... Je lui faisais confiance et j’ai pardonné alors que ma famille été contre mais j’étais vraiment très attachée à lui.

Je lui ai pardonné mais cela a vite recommencé dès le moment où je lui ai donné mes conditions : il devait se faire pardonner auprès de ma famille et que s’il voulait quelque chose de sérieux il devait faire les démarches auprès de sa famille et la mienne. Mais là encore une fois, il s’est défilé et je me suis sentie trahie une deuxième fois.

J’ai contacté l’une de ses sœurs qui m’a dit qu’elle ne comprenait pas sa réaction, que tout était de sa faute. Mais je n’arrive pas à la croire...

Et la dépression a repris le dessus, et je repense à cette maladie du mal occulte. Je me rends compte que je n’arrive pas à retirer tout ça de ma tête et cela m’empêche d’évoluer dans ma vie.

Je vis chez moi ou au travail, mais ne sors plus ne rigole plus, il n’y a pas un jour où je ne pleure pas. Je suis devenue obsédée à l’idée d’avoir ce problème que j’ai même des réactions de spasmes et fourmillements à l’écoute du Coran. Je fais souvent des crises de spasmophilie. Depuis je ne sais plus ce que je dois penser.

Toutes ces épreuves m’ont fragilisée et je n’arrive plus à reprendre ma vie en main.

Je suis désolée si mon histoire était longue, j’espère sincèrement avoir une réponse de votre part qui m’aidera à avancer. Cordialement. » Amel

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Amel, il est important de prendre au sérieux les traumatismes qu’ont pu provoquer en vous et la mort de votre père et celle de votre sœur. De tels traumatismes subis dans l’enfance et pas suffisamment verbalisés laissent des traces.

Ces traces ne sont pas indélébiles, elles peuvent « cicatriser » si vous acceptez d’aller voir avec un thérapeute quelles traces ont laissé en vous ces deux séparations brutales. Ces épreuves nous font grandir si l’on accepte de les affronter, de les regarder en face et d’en tirer les leçons.

Vous êtes restée en panne avec ces chagrins et cela ne m’étonne pas que votre sensibilité en ait été bouleversée. La dépression dont vous parlez a certainement des racines dans ces épreuves.

Quant au mal occulte dont vous parlez, pour moi il n’a rien d’occulte, justement pour les raisons que je viens de vous exposer. Il est plus facile de parler de mal occulte que de chercher en soi à déchiffrer les marques laissées par les souffrances affectives.

La prière est importante, elle doit être placée au centre de nos vies, quand nous sommes croyants, mais cela ne doit pas nous empêcher d’accepter de nous remettre en cause et de chercher à nous comprendre. C’est la condition pour ne pas retomber dans le même cercle vicieux lors d’une éventuelle prochaine rencontre.

Faites-vous aider, ne restez pas seule avec ces chagrins qui jettent toujours une ombre sur votre vie.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com






Loading














Recevez le meilleur de l'actu