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Ramadan

Al Qadr, une nuit qui vaut plus de mille mois

Entretien avec le Cheikh Ahmed Abidi

Rédigé par Propos recueillis par Amara Bamba | Samedi 29 Octobre 2005

Le Cheikh Ahmed Abidi dirige l’Institut français des études en sciences islamiques (IFESI). Créé il y a cinq ans, l’Ifesi est réputé pour être un institut de qualité avec un haut niveau d’exigence pédagogique. Situé à deux pas de la Gare RER de Boissy-Saint-Léger (94), le Cheikh Abidi nous accueille dans son somptueux établissement pour nous parler de ce qu’il est convenu d’appeler « la nuit du destin », Laylatul Qadr.



Al Qadr, une nuit qui vaut plus de mille mois

SaphirNews.com : Qu’est ce que la nuit d’Al Qadr ?

Ahmed Abidi : Dans Sa générosité immense, Dieu Le Très Haut se manifeste toujours à celui qui s’adresse à Lui. Lui seul sait le meilleur moment pour se manifester à Ses serviteurs qui l’invoquent. Et Il nous a donné des occasions pour le faire. Des occasions qui sont comme des « saisons ». Parmi ces saisons vous avez des jours, vous avez des nuits… Dieu nous enseigne que les dix meilleurs jours de l’année sont les dix premiers jours du mois de Dhul Hija. Et Il précise que le meilleur jour de l’année est le jour de Arafat, le jour clé du Hajj, le pèlerinage à la Mecque. Dieu nous a donné des nuits aussi. Les dix meilleures nuits sont les dix dernières nuits du ramadan. Et parmi elles, il y a une nuit qui vaut mieux que les autres, c’est la nuit d’Al Qadr. Certains le traduisent par la « nuit du destin » ou la « nuit de la destinée ». Mais le sens réel est La nuit de grande valeur.


Quelle est donc cette nuit ?

Ahmed Abidi : Nul ne connaît vraiment cette nuit mais nous avons des indications qui nous permettent de rechercher parmi les dix dernières nuits du mois de ramadan. Certaines indications sont plus précises et disent qu’elle se trouve parmi les nuits de rang impair. Vous avez des savants qui la situent à la nuit du 27e jour. C’est-à-dire la nuit qui précède le 27e jour de jeûne. Mais vous savez qu’il y a souvent débat sur le premier jour de jeûne et donc forcément des répercutions sur la parité des jours etc… Une fois le Prophète, que la paix et la miséricorde de Dieu soient sur lui, s’est tenu sur le seuil de sa maison pour faire une déclaration où il aurait précisé ce jour béni. Mais, au moment de livrer son discours, Le Prophète a trouvé les fidèles très occupés dans des controverses polémiques. Et l’Envoyé de Dieu a préféré ne pas révéler le jour. Il a choisi de parler d’un autre sujet. Cette anecdote vous montre combien il est dommageable aux musulmans de céder à la discorde.

Vous dites que cette nuit est la « nuit de grande valeur ». Quelle est cette valeur ?

Ahmed Abidi : Cette valeur est immense. A tel point que, dans le Coran, une sourate entière est consacrée à cette nuit (ndr Sourate Al Qadr, N° 97 ). Le Texte dit que cette nuit est meilleure que mille mois. Elle a donc plus de valeur qu’une vie. Faites les calculs et vous verrez que cela fait plus de quatre-vingt trois ans. C’est donc une nuit d’adoration qui vaut mieux qu’une vie d’adoration. Je parle d’adoration mais le terme correct est Ibadat. Ce mot est idiomatique dans la langue arabe. On le traduit souvent par adoration mais son sens dépasse celui du mot adoration dans la langue française. Ibadat inclut quelque chose de spécifique au musulman dans sa relation avec Dieu Le Très Haut : un ensemble d’attitude de respect, d’adoration, de soumission, de piété… C’est bien plus que peut exprimer le mot adoration.


Qu’est ce qui est recommandé au musulman durant cette nuit ?

Ahmed Abidi : Il est recommandé de faire des prières. Il est recommandé aussi de lire le Coran, d’invoquer Dieu, de pratiquer le Dzikr. Cela fait quatre pratiques qui sont acceptées par toutes les écoles juridiques de l’islam. Ce ne sont pas des pratiques spécifiques à cette nuit. Non ! Ce sont des pratiques qui sont recommandées même en dehors du ramadan. Mais si on s’y consacre tout au long de cette nuit, cela prend une plus grande valeur. Il y a des pratiques que vous connaissez certainement de « repas spécial de la nuit d’Al Qadr » et d’autres pratiques autour des mosquées. Ces choses sont des coutumes et des usages sociaux mais elles n’ont pas de fondement dans la religion. Ce qui vaut en islam c’est ce qu’on nomme ‘Atikâf. On peut le traduire par « retraite spirituelle » au cours de laquelle on pratique la prière, la lecture du Coran, l’invocation de Dieu ou le Dzikr.

Certains musulmans sont isolés en France. Faut-il forcément se rendre dans une mosquée en cette nuit ?

Ahmed Abidi : Pas forcément. Il est vrai que dans une mosquée, vous trouvez toujours quelqu’un qui connaît les prières. Vous trouvez aussi une organisation à laquelle vous pouvez vous fier. Mais il ne faut pas se méprendre sur le rôle de la mosquée. C’est un lieu qui permet de rafraîchir la mémoire au musulman distrait et d’apporter un enseignement au musulman ignorant. Mais pour La nuit de grande valeur, celui qui connaît les pratiques que j’ai indiquées peut se faire sa retraite chez lui. Seul, à l’abri de tout regard, il se peut que sa foi soit plus sincère que dans une mosquée où il peut être distrait à cause du regard des autres sur lui. Donc on peut passer sa nuit à la mosquée ou la passer chez soi.








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