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Société

Al-Kindi : promouvoir l'école privée musulmane

Rédigé par Propos recueillis par Amara BAMBA | Vendredi 9 Mai 2008

Durant la décennie 1970, les musulmans de France ont initié des mosquées. Dans les années 1980, la mode était aux associations musulmanes. Puis, à partir des années 1990, apparaissent des projets d'établissements scolaires privés musulmans en France. Le groupe scolaire Al-Kindi, du nom du célèbre philosophe du IXe siècle, va plus loin. Il offre une formation à la gestion d'un établissement scolaire. Entretien avec Nazir Hakim, président d'Al-Kindi.



Saphirnews : Quelle est cette idée de former les musulmans de France à la gestion d'établissements scolaires ?

Nazir Hakim : Notre idée résulte de deux constats. D'une part, nous avons reçu un nombre relativement important de sollicitations d’associations et de particuliers désireux de participer à l’éclosion, en France, de l’enseignement privé de référence musulmane. C’est véritablement une révolution silencieuse qui est en marche un peu partout sur le territoire. D'autre part, nous avons développé un savoir-faire et une expertise particulière sur des questions juridiques. Nous avons, dans notre équipe, des personnes compétentes qui sont des spécialistes aguerris à la gestion des contentieux. Nous sommes unanimes sur notre responsabilité de partage vis-à-vis de notre communauté.

Avec l’aide de Dieu, nous avons ouvert une porte, nous veillons à la laisser grande ouverte pour toutes celles et tous ceux qui désirent l’emprunter. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les formations proposées par notre département formation. Nous avons un partenariat avec le département de l’enseignement privé de l’Union des Organisations islamiques en France (UOIF). Nos formations sont qualifiantes, à visée pratique. Elles donnent les outils nécessaires aux futurs porteurs de projet pour leur permettre d’aboutir, inchaAllah.

Nazir Hakim, président d'Al Kindi
Nazir Hakim, président d'Al Kindi

Comment cela se passe-t-il au collège-lycée Al-Kindi ?

Nazir Hakim : Al hamdoulillah, cela se passe très bien. C’est un travail passionnant que de s’occuper de la formation et de l’éducation de 170 élèves, tous différents, tous dotés de personnalités propres, véritables trésors que l’on doit amener à se découvrir. C’est une tâche difficile mais superbement gratifiante. Nous sommes pleinement conscients des privilèges que Dieu nous a accordés et nous nous faisons forts de transmettre ce sentiment à tous les gens intéressés par la vie de l’établissement : personnels, élèves, familles et sympathisants. Et il est fréquent de rencontrer des élèves dans l’établissement pendant les vacances scolaires, occupés à préparer des exposés et autres. Quand on songe à l’époque, pas si lointaine, où l’on traînait des pieds pour aller à l’école...

Et au niveau pédagogique ?

Nazir Hakim : Notre pédagogie est ouvertement basée sur nos références musulmanes. Elle prend en compte le public que nous recevons. Fidèles aux enseignements de notre bien-aimé Prophète, elle allie l’ensemble des facettes de l’enfant, s’adresse à l’humain qu’il est aussi bien qu’à l’élève qu’il demeure. L'enfant est pris en compte, dans son individualité, au cœur de toutes nos énergies. Notre équipe compte une psychologue clinicienne, une cognitiviste et une assistante éducative qui proposent aux élèves qui le souhaitent de travailler d’autres aspects pédagogiques comme la méthodologie, l’apprentissage par le jeu, etc. Les parents d'élèves viennent d'ailleurs de créer l’Association des parents d’élèves Al-Kindi (APEK), pour participer à la vie de l’école. Les familles ont compris que sans leur investissement personnel et direct, il ne peut y avoir de réussite. Ce qui nous fait dire que Al-Kindi est désormais une école autant pour les petits que pour les grands.

Vous êtes dans la commune de Décines, 25 000 habitants. Qu'est ce qui motive ce choix ?

Nazir Hakim : Nous avons choisi la ville de Décines en raison de sa centralité. A l’époque, nous recherchions un bâtiment qui soit pédagogiquement fonctionnel et proche des transports publics. Notre établissement est proche de la mosquée de la ville. Il est à 15 minutes du centre ville de Lyon (en tramway), à 15 minutes des zones urbaines nouvelles (en voiture). Pour un projet pilote comme le nôtre cette centralité est importante. Elle nous permet d'accueillir des élèves résidant dans un rayon de plus de 40 kilomètres.

Vous n'avez donc pas d'internat ?

Nazir Hakim : Non, nous n'avons pas d'internat et nous ne souhaitons pas en avoir malgré les nombreuses demandes reçues dans ce sens. Deux raisons principales à cela. Un internat priverait l’élève de son environnement familial direct. Le priver de ses premiers éducateurs n’est, en général, pas favorable à sa réussite scolaire. L'autre raison est que nous craignions de recevoir des élèves de toute la France. Et indirectement, cela déresponsabiliserait les acteurs locaux et pourrait freiner l’essor de ce pourquoi nous œuvrons, à savoir l’enseignement privé de référence musulmane.

Je suis tenté de penser qu'un établissement comme le vôtre est une conséquence de la loi antifoulard. Qu'en pensez-vous ?

Nazir Hakim : On ne peut résumer un projet pédagogique entier, impliquant l’avenir d’enfants et le présent de tant d'adultes, à l’édiction de cette « injustice légalisée ». Cela est un raccourci intellectuel qui réduit l’importance de nos ambitions à une attitude purement réactive, quasi émotive et non réfléchie. Beaucoup de nos détracteurs, parmi les plus zélés, ont avancé cet argument. Mais, outre le fait que nous nous réclamons de la liberté de l’enseignement qui est un pilier de notre Etat de droit, cet argument est faux, à plus d’un titre.

D’une part, notre projet est le fruit de plusieurs années de travail. Et il est largement antérieur à la loi que vous évoquez. Bien avant cette loi, nous existions déjà et nous étions actifs alors que ces questions de voile ne faisaient pas polémique. D’autre part, sur l’Académie du Rhône, et d’après les chiffres du Comité 15 mars et libertés, il y eut 14 expulsions (pour cause de port de hijab à l'école, ndlr). Il n'est pas pensable que l'on puisse créer une institution, ou concevoir, dans l’urgence, un projet éducatif pérenne sur la base de ce nombre. On voudrait nous enfermer dans la polémique. Nous récuser cela. Aujourd'hui notre établissement existe et vit. Il est indistinctement ouvert à tous et toutes. Il se veut un cadre d’épanouissement où nos élèves et leurs parents apprennent à découvrir l’immensité des potentialités qu’ils portent en eux et à construire l’équilibre qui fera d’eux, s’il plaît à Dieu, des êtres qui, vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de notre société se reconnaîtront : profondément spirituels et intensément actifs.

Le groupe scolaire Al-Kindi est au salon du Bourget du 8 au 11 mai 2008.
Pour en savoir plus, voir le site du groupe scolaire Al-Kindi





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