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Politique

Accusé de racisme, Hortefeux tente de se réhabiliter

Le ministre de l’Intérieur exprime ses « regrets » à l’iftar du CFCM

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 15 Septembre 2009

Mettre fin à la polémique. Telle est la mission que s’est donnée Brice Hortefeux en partageant l’iftar, lundi 14 septembre, à Paris, avec les représentants français du culte musulman. Invité par le CFCM, le ministre de l’Intérieur, également chargé des Cultes, veut prouver son esprit de tolérance après les propos douteux tenus le week-end dernier lors du campus d’été de l’UMP. Il regrette l’ampleur qu’a prise la polémique mais ne s’excuse pas.



Lors de l'iftar organisé par le CFCM, lundi 14 septembre, Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, en charge des cultes, exprime des regrets –  mais pas des excuses – quant à ses propos ayant soulevé une polémique la semaine dernière.
Lors de l'iftar organisé par le CFCM, lundi 14 septembre, Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, en charge des cultes, exprime des regrets – mais pas des excuses – quant à ses propos ayant soulevé une polémique la semaine dernière.
Le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui organise chaque année le repas de rupture du jeûne, s’est fait volé la vedette, ce lundi 14 septembre. Les yeux ont tous été rivés vers Brice Hortefeux, invité à partager l’iftar, le dîner de rupture du jeûne, aux côtés de Mohammed Moussaoui, président du CFCM. Chacun des gestes et des mots du ministre le plus médiatisé du moment ont été décryptés.

Et pour cause. Depuis plusieurs jours, le ministre de l’Intérieur est dans la tourmente à la suite de la diffusion d’une vidéo tournée, samedi 5 septembre, à Seignosse, dans les Landes, lors de l’université d’été de l’UMP. « Il ne correspond pas du tout au prototype », plaisante-t-il envers un militant d’origine maghrébine, catholique, qui « boit de l’alcool et mange du cochon ». « C’est notre petit Arabe », souffle une femme. Remarque à laquelle M. Hortefeux répond : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. »

Ces propos équivoques ont fait tourner la tête de l’opposition comme de bien des associations, telles que le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP), qui réclament sa démission. Pour sa défense, le ministre a affirmé, jeudi 10 septembre, qu’il ne faisait aucune allusion à l’origine ethnique ni géographique du militant d'origine arabe. Il se rétracte le jour même pour « pointer du doigt » les Auvergnats, dont il est lui-même originaire.

Quand des musulmans se font les avocats du ministre

Difficile à croire. De quels clichés peuvent bien être victimes les Auvergnats ? Une chose est sûre : le mot « arabe » n’est pas prononcé.

L’Élysée, le gouvernement et ses amis politiques font alors bloc derrière M. Hortefeux et assurent qu’il n’est pas raciste. Dernier soutien – personnel – en date : celui de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui a déclaré « ne pas attacher d'importance à ce qui est lancé comme ça, à la cantonade, sur le mode de la plaisanterie ».

Par sa présence à l’iftar, lundi, le ministre chargé des relations avec les cultes a déclaré « partager un moment véritablement privilégié » et se dit « ému de penser que, du fait d'un certain tohu-bohu médiatique, et d'une interprétation totalement inexacte, des personnes ont pu être blessées dans leur être et leurs convictions » avant d’exprimer ses « regrets » face à une « polémique inutile et injuste ».

« L’incident est clos » pour le CFCM

Mais ses regrets ne valent pas des excuses, qu’il exclut de faire. « Pour qu'il y ait excuse, il faudrait qu'il y ait culpabilité ou faute », avait-il déclaré à Libération samedi. En marge du dîner, M. Moussaoui a déclaré à Saphirnews que pour le CFCM « l’incident est clos ». « Il a exprimé ses regrets et ses messages de son discours sur l’islamophobie, l’égalité des religions, son engagement auprès des musulmans ont été forts », explique-t-il.

« C’est plutôt les personnes qui parlent d’Amine (le militant d'origine maghrébine, ndlr) comme d’une intégration réussie qu’il faudrait condamner mais je n’ai pas vu de réactions. L’intégration des Arabes ou des musulmans est non pas de renier leur identité mais de l’afficher, tout en respectant ce qui est commun à l’ensemble de la société », conclut-t-il.

Les invitations aux iftars tombent, pour ainsi dire, à point nommé et M. Hortefeux les accepte volontiers même si ces dîners sont prévus de longue date – depuis juin pour celui de lundi, assure M. Moussaoui à Saphirnews. Accueilli vendredi dernier, à Clermont-Ferrand, par le président du Conseil régional du culte musulman d’Auvergne, Erhan Gül, le ministre a souligné « son attachement à un dialogue approfondi entre l'État et les musulmans de France, sur la base des valeurs républicaines de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité », selon un communiqué du ministère.

Son discours, chargé de symboles à l’égard des musulmans de France, n’a pas varié lundi. « L’islam de France a aujourd’hui toute sa place, aux côtés des autres grandes religions du Livre, dans notre maison commune : la République », a déclaré M. Hortefeux.
Face à son message de « respect » et d’« amitié vis-à-vis des musulmans», la polémique fera-t-elle pschitt ? Regrets ou pas, le MRAP a d’ores et déjà fait savoir qu’il portera l’affaire en justice.





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