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Société

Accusé d'antisémitisme, le soutien à Pascal Boniface s'intensifie

Rédigé par Hanan Ben Rhouma et Christelle Gence | Mardi 8 Avril 2014

Victime d’un énième procès en antisémitisme, le soutien à Pascal Boniface s'intensifie depuis la mise en accusation publique lancées fin mars par le journaliste Frédéric Haziza. Une pétition de soutien au directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), lancée le 27 mars, a recueilli plus de 4 500 signataires à ce jour. Retour aux faits.



Accusé d'antisémitisme, le soutien à Pascal Boniface s'intensifie
Victime d’un énième procès en antisémitisme, une pétition circule depuis plus dix jours pour soutenir Pascal Boniface, accusé par le journaliste de la chaîne LCP Frédéric Haziza de « flirter avec un antisémitisme pernicieux ». Lancée le 27 mars, plus de 4 500 signataires ont apporté, à la date du 8 avril, leur soutien au directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Une centaine de personnalités et de militants associatifs se sont aussi joints à cette pétition.

« Pourquoi @PascalBoniface s'acharne-t-il ds son dernier livre (La France malade du conflit israélo-palestinien, ndlr) à relativiser le mobile antisémite des assassins d'Ilan Halimi ? », s’interrogeait Frédéric Haziza, dans un tweet daté du 22 mars. Il poursuit le lendemain en dénonçant « l'obsession juive » de Pascal Boniface. Accusé de commettre une « faute morale », il est alors présenté comme « un de ces pseudo-experts qui, en faisant d'Israël le centre de la planète et en accusant l'Etat Juif de tous les maux du monde, a contribué à antagoniser communautés juive et arabe en France ». Le 25 mars, le journaliste développe son propos dans la tribune « Quand l’obsession conduit à la faute morale », publiée sur le site du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et reprise le lendemain sur Huffington Post.

C’est là qu’est lancée la pétition, à l’initiative des Invités de Médiapart. Récusant la prétendue « obsession juive » de Pascal Boniface, ils dénoncent au contraire l'obsession du journaliste : « Si obsession il y a, c'est bien celle de Frédéric Haziza de s'en prendre régulièrement aux intellectuels critiques de la politique israélienne pour leur faire un procès odieux en antisémitisme ».

Frédéric Haziza
Frédéric Haziza

Aux attaques, les réponses

Pascal Boniface a réagi aux attaques de Frédéric Haziza via Twitter dès le 22 mars. Il s’est dit « prêt a un débat ouvert et contradictoire sur (son) livre » avec le journaliste et a déploré des « accusations calomniatrices et mensongères ». La proposition d’un débat a aussi été adressée à Julien Dray (PS), qui avait accusé M. Boniface d'apporter « sa petite pierre à la montée de l’antisémitisme » au travers de son traitement de l’affaire Halimi lors de son passage le 6 avril sur Radio J.

Quant à la pétition, le directeur de l'IRIS s’est dit réconforté « de voir ce réseau de solidarité » alors qu’il fait « l’objet d’une campagne haineuse ». Les soutiens ne se sont en effet pas faits attendre. Schmer André, un ancien résistant, a répondu le 4 avril à Frédéric Haziza dans le site participatif du Nouvel Observateur avec l'article « M. Haziza, je suis juif, vous faites fausse route ». Une argumentation que s’est empressé de contester le journaliste le lendemain sur le même support, laissant dire qu'il ne s'était contenté que de critiquer le jugement de Pascal Boniface sur l'affaire Ilan Halimi.* Ce n'est pourtant pas ce qu'il fait comprendre dans sa violente diatribe de mars.

Des accusations fallacieuses qui ont assez duré

Avec Edgar Morin, auteur avec Tariq Ramadan du livre « Au péril des idées », Pascal Boniface peut se targuer d'un soutien de poids. « Nous pensons de même sur la tragédie israélo-palestinienne et (…) nous subissons en même temps un déferlement d'insultes imbéciles des mêmes qui vous insultent, parce que je viens de publier un livre de dialogue avec Tariq Ramadan. Cosigner une pétition m'apparait dérisoire et je préfère vous donner mon témoignage de solidarité personnelle », lui a écrit le philosophe début avril.

Le directeur de l’IRIS fait l’objet d’accusations récurrentes et fallacieuses d'antisémitisme depuis 2001. Alors délégué national du Parti socialiste aux questions stratégiques, il avait adressé à la direction du parti une note interne dans laquelle il s’interrogeait sur la difficulté à exprimer une critique rationnelle de la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens. Les campagnes de diffamation à son égard se sont encore renforcées après la publication en 2003 du livre « Est-il permis de critiquer Israël ? ». Dans son dernier livre, il est longuement revenu sur les accusations qui le pourchassent depuis une décennie pour une nouvelle fois les balayer. Rien n'y fait, ses plus fervents détracteurs restent toujours aussi tenaces, quitte à faire preuve de mauvaise foi. Pascal Boniface a appris à faire face et il peut compter sur des soutiens plus nombreux pour appuyer ses positions, bien mieux entendues que par le passé.

* Que dit Pascal Boniface dans son dernier ouvrage, « La France malade du conflit israélo-palestinien » sur l'affaire Halimi ? Frédéric Haziza accuse l'auteur d’avoir utilisé des « faits-divers pour tenter de minimiser le caractère antisémite du crime ». Le directeur de l’IRIS égrène effectivement une liste de plusieurs affaires criminelles tout aussi abjectes que celui commis par le « gang des barbares » mais qui n’ont pas bénéficié pour autant de la même exposition médiatique.

Le but est pour l'auteur de mieux ramener l’affaire Halimi à sa dimension crapuleuse et non plus uniquement antisémite qui, sans le nier, a aidé l'ultra-médiatisation du cas sans expliquer totalement les raisons du crime. « Ilan Halimi n’a donc pas été la seule victime de la barbarie. Il y a certes une dimension antisémite dans son assassinat, le chef du « gang des barbares » Youssouf Fofana – son assassin – l’est indéniablement, mais tous les membres du gang n’ont pas agi selon cette motivation. Ils auraient pu s’en prendre à d’autres (ce qu’ils ont d’ailleurs envisagé) », écrit-il. Non, rien dans cette façon de présenter l'affaire ne vient révéler un « antisémitisme pernicieux ».






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