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Société

4e Festival de cinéma des foyers : le vrai visage des foyers de migrants

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mardi 12 Juin 2012

Le grand écran prend ses quartiers dans les foyers de travailleurs immigrés. Tous les week-ends du mois de juin, des projections de films ont lieu dans des foyers de la région parisienne avec le 4e Festival de cinéma des foyers. L’objectif d’Attention chantier, l’association à l’origine du projet, est simple : créer du lien social.



Copyright : Sophie Garcia
Copyright : Sophie Garcia
Le Festival de cinéma des foyers est né en 2009 dans un foyer du 17e arrondissement de Paris à Porte de Clichy.

En ce lieu, « où j’avais l’habitude de me rendre, on se sentait isolé. Le foyer est enfermé entre le périphérique, un stade et un cimetière. On n’a pas vraiment l’impression d’être à Paris », raconte Adeline Gonin, la responsable de la programmation et des partenariats de l’association Attention chantier. C'est pourquoi elle décide de créer un festival de cinéma pour permettre au voisinage de rencontrer les migrants africains vivant dans ce foyer.

Un pied en Afrique, un pied en France

Aujourd’hui, le champ d’action du Festival, qui est soutenu financièrement par la mairie de Paris, le conseil général de Seine-Saint-Denis et dans une moindre mesure par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), s’est élargi.
Cette année, sept foyers profitent des séances de cinéma. Tous sont situés à Paris, à l’exception de deux, qui se trouvent pour la première fois cette année en Seine-Saint-Denis.

Les thématiques des films projetés ont un lien direct avec le public, composé majoritairement de résidents. « Dans l’association, nous choisissions les films. Nous aimons diffuser le cinéma africain, mal représenté en France. Et souvent, les habitants des foyers nous demandent des voir des films sur tel ou tel sujet. La plupart du temps, ce sont des films qui les concernent tout particulièrement comme la lutte des sans-papiers ou les projets de développement dans leurs pays d’origines », indique Adeline Gonin.

Comme les années précédentes, un fil conducteur a été choisi. Cette année, le thème choisi est celui des correspondances, car les migrants « ont un pied dans leur pays d’origine et un autre dans leur pays d’accueil ». « Dans les foyers, on a tout le temps des nouvelles du pays. C’est le lieu où il faut se rendre pour tout savoir », précise Adeline Gonin.
Des films comme Après l’océan, d’Éliane De Latour, qui sera projeté vendredi 22 juin au foyer Bisson, dans le 20e arrondissement, représente bien ce thème, à travers l'histoire de deux Ivoiriens, un ayant réussi à s’installer en Europe, et le second qui a été refoulé, qui échangent à travers des cassettes audio.

Dans la joie et la bonne humeur

Dans ce lieu en perpétuel mouvement, la convivialité est un maître mot. C’est pour cela qu’Attention Chantier invite tout le monde à entrer dans les foyers. « Nous invitons les personnes physiques mais aussi morales comme les associations à entrer dans les foyers pour qu’ils fassent des choses avec les migrants. »

L’association n’est pas dans le « quantitatif » mais plutôt dans le qualitatif. Permettre à des associations de mener des projets avec les résidents et offrir la possibilité à quelques personnes d’entrer pour la première fois dans un foyer suffit à satisfaire l’association. « A chaque fois, ces personnes n’imaginaient pas toute la richesse culturelle et politique qu’il pouvait y avoir dans un foyer. Le Festival permet de montrer le vrai visage des foyers », estime Mme Gonin.

Ce Festival apporte aussi beaucoup de plaisir aux membres de l’association. « Pour nous, c’est comme des retrouvailles chaque année, c’est comme une caravane. On a juste envie de passer un bon moment. Et à chaque fois, l’ambiance est hyper détendue. On se retrouve autour d’un bon tiep (plat africain à base de riz, ndlr) et d’une boisson au bissap » à base de fleurs d’hibiscus, poursuit-elle.

En soirée, les films sont projetés en plein air, ce qui donne une dimension encore plus grande au cinéma. Pour la première soirée, environ 200 personnes ont assisté à la séance en plein air lors du week-end du 2 juin. « C’était plein », raconte Mme Gonin. Des concerts sont également prévus.
Pour clôturer le Festival, le 30 juin, le chanteur malien Pedro Kouyaté et son groupe le Mandinka Transe Acoustique donneront un concert.

La politique au cœur des débats

Les séances en plein air rappellent aux migrants leur enfance où dans leur village, ils assistaient à des films en extérieur.
Ce Festival met également en lumière leur vision du monde. En effet, les résidents sont invités à débattre sur les films après leur projection et à échanger sur des thèmes de leur vie. Des débats bienvenus, car ces immigrés africains sont souvent assez « politisés », fait remarquer Mme Gonin.

En ouvrant la porte aux différentes associations, le Festival de cinéma des foyers permet par ailleurs de montrer du doigt certains problèmes comme l’insalubrité des foyers et les montants astronomiques des loyers. Dans le foyer du 17e arrondissement parisien où l’aventure a commencé, un collectif de sans-papiers a pris de l’ampleur. Ce comité est à présent soutenu par les habitants du quartier et la section locale d'Europe Ecologie-Les Verts, nous apprend Mme Gonin, qui voit dans le festival un point d’impulsion à cette mobilisation.

Pour l’heure, les projets d’Attention Chantier ne manquent pas. L’association mène des ateliers photo et vidéo dans les foyers. Et un autre Festival est déjà attendu pour l’an prochain. Après la Seine-Saint-Denis, l’association compte s’implanter dans le Val-de-Marne.

Plus d’informations sur le festival ici






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