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42 familles expulsées à Aubervilliers

Rédigé par Bahri Fouad | Lundi 11 Juillet 2005

Le 7 juin 2005, quarante-deux familles de références africaines sont expulsées des bâtiments de l’OPHLM d’Aubervilliers (93). Tout au long du mois de juin, une série de manifestations en soutien a été organisée devant la mairie d’Aubervilliers.



Le 7 juin 2005, quarante-deux familles de références africaines sont expulsées des bâtiments de l’OPHLM d’Aubervilliers (93). Tout au long du mois de juin, une série de manifestations en soutien a été organisée devant la mairie d’Aubervilliers. Sur l’initiative de l’association Droit au logement (DAL) les manifestants se sont régulièrement donnés rendez-vous pour protester contre la décision d’expulsion et exprimer leur solidarité aux victimes de cette mesure.

Environ 150 personnes se retrouvaient dans le bataillon des manifestants venus soutenir les 42 familles africaines expulsées des logements que l’OPHLM d’Aubervilliers (93) avait laissés vacants dans l’attente d’une démolition. A cet appel ont notamment répondu la Coordination des sans-papiers, l'association des mal-logés et une vingtaine d'enseignants représentés par le Collectif des enseignants d'Aubervilliers. Tous venus manifester leur solidarité aux familles d'expulsés qui dorment dehors, à l'angle de la rue Cochennec et Tillon, et demandent depuis le 15 mars dernier à être relogés, mais en vain.

Tout commence le 2 juin

Face au silence que lui opposent la préfecture et les pouvoirs locaux, le DAL organise une réunion devant la préfecture et demande à être reçu. Les responsables de l’association veulent négocier un relogement décent pour les 46 enfants et 52 adultes concernés par l'expulsion. La sous-préfet les accueille et leur fixe un rendez-vous le 14 juin. Jusque-là tout se passe bien. Sauf qu'entre temps, une décision d'expulsion est prononcée le 7 juin par l'OPHLM.

Une trahison, pour le DAL, qui dénonce un mépris pour les partenaires sociaux et le principe de concertation. L'office d'HLM, pour sa part, refuse d'en démordre et joue la carte légaliste. Après avoir assigné en justice les 42 familles concernées, ce dernier a obtenu un jugement d'expulsion le 9 février. Un appel a été déposé le 15 juin et reporté au 29. Le 7 juin, à l'aube, les forces de police débarquent pour appliquer cette décision de justice. Les CRS sont aussi de la partie. Hawa Sougouna, femme expulsée elle-aussi, témoigne : 'L'expulsion, c'était dur. Des dizaines de CRS nous ont obligés à sortir de ces logements. On a pas pu prendre toutes nos affaires ce jour-là. Quelques-uns ont été frappés.'

Une fausse couche

Plus tard, dans la soirée, les policiers reviennent sur les lieux. Au moment où les familles, aidées par des militants du DAL, tentent d'installer des bâches pour se protéger d'éventuelles pluies, les forces de l'ordre décident de charger violemment, à coups de matraques, le 'camp de réfugiés urbains'. Bilan : six blessés (certains sont en arrêt de travail), dont deux enfants évacués à l'hôpital par les pompiers. Un dommage 'collatéral' plus graves intervient le 17 juin au matin lorsque Hawa est transportée à l'hôpital de La Fontaine : elle fait une fausse couche.

Les policiers refusent que les familles installent ces bâches et invoquent un arrêt préfectoral. Le 14 juin, lorsqu'ils sont reçus, la sous-préfet parle plûtot de décision prise par le maire d'Aubervilliers, Pascal Beaudet. La réunion en question tourne mal et n'aboutit à rien car le DAL reproche l'expulsion au Sous-préfet. Depuis, les autorités locales refusent de revoir les 'réfugiés' et joue l'option répressive. Le vendredi 17 juin, au matin, il pleut. De nouveau, les familles réinstallent les bâches pour se protéger. De nouveau, les policiers les arrachent. Pour Adaman Timité, porte-parole du Collectif des familles expulsées, la police a une attitude provocatrice. 'Ils marchent sur nos matelas et nos couvertures et affirment qu'ils attendent un ordre préfectoral pour nous évacuer définitivement. Ils stationnent face à nous et nous dévisagent.' Adaman dénonce également la politique du maire et de l'OPHLM et nous révèle que les familles ont versé des sommes au Trésor public, couvrant les indemnités d'occupation et les frais de justice. 'Entre 250 et 600 euros, depuis novembre 2004 jusqu'à l'expulsion'précise-t-il.

Le DAL ne désarme pas

Jeudi 16 juin, quelques-uns des membres du DAL ont rencontré des représentants du ministère du logement, pour leur demander d'intervenir auprès du sous-préfet. Samedi 25 juin, une autre manifestation a été organisée, à 12h30, devant la préfecture de Bobigny et le DAL promet d'ores et déjà de reconduire les manifestations jusqu'à obtenir gain de cause.

Les expulsés, quant à eux, bénéficient du soutien et de l'aide de beaucoup d'habitants du quartier du Pont-Blanc. Repas, couvertures, tout arrive pour assurer les besoins des familles. Mourad, 38 ans, fait partie de ces résidents qui visitent quotidiennement les expulsés. 'Je suis volontaire avec eux. Je leur ramène souvent de l'eau et je chauffe dans ma cuisine le lait pour que les femmes donnent le biberon à leurs bébés.'

L'ambiance est aussi présente, histoire de remonter le moral aux familles. Régulièrement des repas en communs sont préparés et au son des tam-tams, les expulsés, de références malienne, sénégalaise, gambienne ou ivoirienne, échangent leurs histoires qui sont souvent les mêmes. Un soutien qui pourrait porter ses fruits, s'il se maintient, et retarder l'arrêt préfectoral. Les grands médias semblent bouder cet événement. Mais une chose est sûre : le bras de fer est loin d'être terminé.





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