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Société

10 ans après Saint-Bernard : Cachan

Les anciens squatters sont toujours dans l’impasse

Rédigé par Aurélien Soucheyre | Vendredi 25 Août 2006

Plus d’une semaine après l'évacuation du squat de Cachan, 200 anciens squatteurs refusent d'être dispatchés dans des hôtels. Ils sont toujours hébergés dans un gymnase de la ville. Fidèle Nitiéma, délégué des ex-habitants du squat, a déclaré que les occupants sont dans «une situation de détresse».



Le gymnase Belle Image
Le gymnase Belle Image
Le squat des 1000 de Cachan, considéré comme le plus grand de France, a été évacué jeudi 17 août. Plus de 500 personnes ont été expulsés de l'ancienne cité universitaire. 120 d’entre elles ont d’abord refusé de s’en aller. Elles ont effectué un sit-in devant le bâtiment, puis ont été violemment dispersé par les forces de l'ordre vendredi dernier.

Ces 150 personnes, dont 30 enfants, se sont finalement installées dans le gymnase «Belle Image» mis à leur disposition par la mairie de Cachan. Cette dernière a affirmé que cet hébergement est provisoire et en attente d’un lieu plus vaste et plus approprié. Cependant, les ex-squatters restent dans ce refuge depuis 6 jours, soit le double du temps initialement prévu.

Les familles expulsées se retrouvent dans une situation de détresse. Environ 150 personnes sont entassées dans le petit gymnase. La plupart d’entre elles sont d’origine africaine dont une minorité de sans-papiers.

Des conditions de vie précaires

Dans et autour du local, la vie s’organise comme elle peut. Des matelas et des couvertures sont étalés dans le gymnase qui sert de dortoir. Certains sont entassés dans un couloir ou à l’air libre sous des escaliers. Un stand à l'extérieur propose de la nourriture. Les repas du soir sont offerts par le Conseil Général. Les occupants se retrouvent dans une situation d’extrême précarité.

Des bénévoles sont venus apporter leur aide. Mais des femmes et des enfants dorment parfois sur le sol. Fatou a trois enfants en bas âge et considère que «c’est très dur pour eux». Adam a été l’un des premiers squatters de Cachan. Il est né en Côte d’Ivoire et a fuit la guerre en 2002. Il a intégré le squat un moi plus tard. Le bâtiment F venait tout juste d’être déclaré insalubre. Sa famille l’a ensuite rejoint.

Adam ne possède pas la nationalité française. Il est menacé d’expulsion, contrairement à sa femme qui bénéficie du droit d’asile. Son premier enfant a 9 ans et a reçu la nationalité française. Il était scolarisé dans le 18e l’an passé, mais ne sait pas s’il pourra y retourner. Son dernier fils est né en France, est âgé de 9 mois mais n’est pas encore déclaré. Très malade à son arrivé dans le gymnase, l’état de l’enfant s’est amélioré grâce à son hébergement provisoire au sein d’une famille voisine du gymnase et à l’aide d’un pharmacien.

Adam travaille tous les jours de 6h30 à 17h00. Il craint les contrôles organisés tout autour de Cachan. Les policiers cherchent les sans-papiers. «Nos conditions de vie sont déplorables, les enfants jouent dans la boue. Nous sommes couchés comme des baguettes. En face, il n’y a pas de bonnes propositions, le préfet n’accepte rien. Les autorités se rejettent la responsabilité. Que vont devenir nos enfants ?»

La marche de solidarité
La marche de solidarité

La mobilisation prend de l’ampleur

Le préfet du Val-de-Marne M. Tomasini a fait part d’une «ultime proposition, à la demande du maire de Cachan». Il propose le relogement des expulsés dans des hôtels en région parisienne. En ce qui concerne ceux qui refusent cette offre, la préfecture a déclaré qu'il n'y a «aucune raison de relancer des négociations».

Fidèle Nitiéma, délégué du Collectif des ex-expulsés du Bâtiment F, accuse la Préfecture d’avoir rompu le fil des négociations et dénonce le dialogue de sourd instauré depuis 2004. «Aujourd'hui, nous sommes dans une situation de détresse. Nous revendiquons la libération sans conditions des interpellés, un relogement durable et décent des personnes installées dans le gymnase, la régularisation des sans-papiers et le respect de la scolarisation des enfants»

Afin de se faire entendre et d’obtenir «un hébergement sûr pour tout le monde dans le Val de Bièvre avec régularisation des sans-papiers», le collectif a organisé une «marche de solidarité» avec plusieurs associations (DAL, Cimade, LDH, RESF) qui souhaitent étendre la mobilisation.

La manifestation a débuté le mercredi 23 à 17h30 devant la mairie de Cachan jusqu’à la sous-préfecture de L'Hay-les-Roses. Le mot d'ordre principal a été: "Un logement, des papiers, une école".

Le prochain rassemblement aura lieu samedi 26 août à Paris.





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